Le Ciel vu de la Terre

À l’heure de la conquête spatiale avec l’envoi dans l’espace de vaisseaux ou de télescopes munis de caméras, dont les magnifiques et étonnantes images font régulièrement la “une” des médias, il peut paraître étrange de réaliser un travail astrophotographique ! Quel est l’intérêt de vouloir prendre, avec ses propres moyens, des photographies du ciel astronomique, alors que des instruments aux dimensions de cathédrales scrutent et étudient les astres avec un raffinement technologique exceptionnel. Face aux prouesses obtenues par ces techniques d’observation, pourquoi donc vouloir s’obstiner à photographier les astres avec des instruments aux performances considérablement inférieures ? Par plaisir, tout simplement. L’observation astronomique est une joie toujours renouvelée. Un véritable style de vie !

Depuis plus de trente ans, je me suis fait une spécialité de photographier ces moments exceptionnels où notre planète et l’Univers créent de véritables paysages astronomiques. Le trucage est évidemment banni et il n’est pas question de rajouter une lune en “sandwich” en arrière-plan d’une image, bien qu’il soit si simple de le faire aujourd’hui grâce à l’ordinateur.

Pour prendre un cliché au téléobjectif d’un lever de Lune sur le Mont-Saint-Michel ou du passage d’une comète au-dessus d’un menhir, il n’y a pas vraiment de hasard. Tout d’abord, il faut repérer un premier plan terrestre. Ensuite, il faut calculer l’éventuel moment où l’astre que l’on désire photographier sera dans la position la plus esthétique par rapport au monument ou au paysage dans lequel il devra s’inscrire. Parfois, des années à l’avance, je repère un angle de prise de vue avec une chapelle, une montagne, un monument… Ce sont de véritables rendez-vous astronomiques que je me fixe et m’impose avec les astres. Mais les astres aussi fixent régulièrement des rendez-vous nécessitant un voyage. Certains événements ne sont en effet visibles que depuis des endroits précis du globe terrestre, telles les éclipses de Soleil, obligeant celui qui désire les étudier à des déplacements parfois lointains. Ma démarche de photographe est située entre science et art. Je me sers en effet d’éléments scientifiques pour composer mes images. Quoi qu’il arrive, le phénomène céleste se produira. Mon travail ne consiste donc qu’à être au bon endroit et au bon moment.

En mai 1997, ce travail “astrophotographique“ m’a permis de recevoir la médaille d’argent du Salon des Artistes Français.

Lever d'Orion sur le lac Toba, Espagne.

Le passage de la comète de Halley au-dessus de l'observatoire du Pic du Midi
16 mars 1986

La comète Hale-Bopp depuis le site mégalithique du mont Lozère, le 16 mars 1997.

Je suis à plus de 600 kilomètres de la Bretagne. Pourtant, tous les ingrédients sont là. Ces menhirs de granit sur ce sol minéral balayé par des vents violents et la présence magique de cette comète dans le ciel d'une fin de nuit me font fredonner intérieurement un air d'Alan Stivell.

La comète Hale-Bopp depuis le site mégalithique du mont Lozère, le 6 avril 1997. Il est 22 heures. Le vent souffle en tempête. Les toutes dernières lueurs du crépuscule dépassent l'horizon. Au-dessus de ce site mégalithique, la comète est là, énorme dans le ciel, près d'un de ces grands menhirs planté comme un doigt vers l'Univers. Le moment est magique. Je réalise alors que le dernier passage de Hale-Bopp remonte à 4400 ans, soit à la fin de la période mégalithique ! Peut-être que cette même comète a été observée du même endroit, près de ce même menhir, par ceux-là même qui ont installé ce site mégalithique. On peut rêver…

Photographie en chapelet de l’éclipse annulaire de Soleil du 15 janvier 2010, réalisé au Kenya près du lac Baringo.

Cliché argentique réalisé avec une chambre Photographique Sinar 4x5 inch