Histoire des observatoires de la Marine

Ouverture exceptionnelle

de l’ancien observatoire de la Marine de Nantes

A l’occasion de la Fête de la science 2008, l’association Méridienne et l’école Epitech (propriétaire de l’ancien observatoire), ont organisé durant trois jours des portes ouvertes exceptionnelles à l’observatoire astronomique de la Marine de Nantes, en collaboration avec la Société d’astronomie de Nantes, le Musée Jules Verne, l’Ecole de la Marine de Nantes et le Centre François Viète. Pour la première fois depuis l’année 1887 et la fermeture de l’observatoire, des instruments d’astronomie étaient pointés vers le monde céleste.

Le succès de ces portes ouvertes de l'observatoire a été extraordinaire : 390 personnes pour les visites de l'observatoire (nous avons refusé beaucoup de monde) ; près de 200 personnes aux différentes conférences ; 90 personnes  environ pour les deux parcours dans la ville. Le nombre de personnes pour la salle d'exposition est plus délicat sans moyen de comptage, mais un chiffre de 500 personnes au moins n'est certainement pas exagéré. Pour la première fois depuis 121 ans, l'observatoire de la Marine de Nantes a retrouvé durant quelques jours sa véritable destination. Pour la première fois depuis 121 ans, des lunettes et des télescopes étaient pointés depuis la terrasse de l'observatoire vers les étoiles. Les heureux visiteurs du jeudi soir vont garder probablement un souvenir émerveillé de l'observation de la nébuleuse d'Orion ou de la galaxie d’Andromède, à minuit au-dessus de la ville endormie.

Petit album souvenir

des portes ouvertes 2008

de l’ancien observatoire de la Marine

de Nantes

Emission sur radio Prune, à Nantes en novembre 2009, sur l’ancien observatoire de la Marine de Nantes.

Olivier Sauzereau faisant une démonstration d’observation avec un bâton de Jacob (ancien instrument de navigation astronomique) dans le cabinet des montres de l’ancien observatoire de la Marine de Nantes.

Cliché Patrick Garçon

Un travail de recherche dans les archives

Du mois d’avril 1999 au mois de septembre 2000, j’ai réalisé un premier travail de recherche dans les archives locales et nationales sur le passé astronomique de Nantes. Cette recherche m’a permis de retrouver une histoire méconnue de l’astronomie nantaise de 1672 à 1887 et de révéler l’existence de son ancien observatoire astronomique de la Marine. En service de 1827 à 1887, au 18, rue de Flandres, ce dernier était une sorte de “petit observatoire de Greenwich” dont la fonction principale était de régler les chronomètres des voiliers de la marine marchande nantaise. La redécouverte de ces bâtiments de l’ancien observatoire a permis d’engager une procédure de sauvegarde de ce patrimoine jusqu’ici inconnu.

Progressivement, au cours de mon travail de recherche, une nouvelle problématique est apparue : Nantes fait-elle figure d’exception dans la mise en place d’un service d’observations astronomiques pour le contrôle des chronomètres ? Existe-t-il d’autres établissements du même type dans les autres ports français ? Le dépouillement des archives locales et nationales m’a permis de découvrir une période clef dans cette histoire des observatoires de la Marine en France. Dans les années 1810, un véritable service des observatoires de la marine se met en effet en place dans les principaux ports de France. Le rôle de ces établissements était d’offrir un cadre privilégié au contrôle des montres de marine devant être embarquées sur les navires et de permettre aux capitaines de la marine militaire ou marchande de traverser les mers avec des instruments de navigation fiables. C’est la mise en œuvre de ce “service”, la recherche d’une uniformisation des méthodes d’observations, le contexte technique et la vie des hommes qui ont géré ces établissements que je met aujourd’hui en lumière dans le cadre de cette thèse en histoire des sciences et des techniques.

L’ancien observatoire de la Marine de Nantes, en 2012.

Plan de l’observatoire de la Marine de Toulon, en 1864.

Service Historique de la Défense de Vincennes.

Un Observatoire est dans un grand port le fanal du navigateur. C'est, sans contredit, dans la marine que l'on peut reconnoître la plus utile application de cette science sublime, qui enseigne aux hommes le cours des astres et la nécessité d'y recourir pour se conduire d'une manière sûre tant sur terre que sur mer.”


Alexis Rochon, Pour l’observation des longitudes en mer, Paris, L’Huillier, 1807

Tour de France

des observatoires de la Marine

L’observatoire de Toulon

La mise en service d’un premier observatoire de la Marine à Toulon est faite en 1815 dans le donjon de l’hôpital de la Marine. L’observatoire connait un premier transfert dans la ville en 1859. En 1865, l’observatoire déménage dans un bâtiment construit avec une architecture spécifique.

L’observatoire de la Marine de Toulon est détruit au cours des années 1980.

L’observatoire de Marseille

Fondé par les Jésuites en 1702, l’observatoire de la Marine de Marseille se trouve dans un état déplorable au début de la Révolution. Grâce à l’énergie de son directeur-adjoint Thulis, d’importants travaux de restaurations et de transformations sont réalisés, faisant de cet observatoire de la Marine l’un des plus beaux d’Europe en 1800. L’observatoire se détache cependant de la tutelle de la Marine en 1803 pour devenir exclusivement un observatoire de recherche astronomique.

L’observatoire de la Marine de Montsouris

Installé au cours des années 1870, à Paris dans le parc de Montsouris, cet observatoire a pour objectif d’être un lieu de formation à l’astronomie et à la navigation astronomique. Son éloignement de la mer ne peut lui permettre cependant d’être un observatoire chronométrique, mais sa création par l’amiral Mouchez joue un rôle important dans l’évolution des observatoire portuaires. Il existe alors une véritable volonté d’offrir aux marins les moyens de se former à l’art de la science astronomique.

L’observatoire de Brest

Les premiers projets de création d’un observatoire dans le port de Brest remontent aux années 1770. Un premier observatoire est mis en service en l’an VI près du cours d’Ajot. Dans les années suivantes, l’observatoire est transféré dans le jardin de Keravel. En 1819, l’observatoire est installé dans un bâtiment construit spécialement au sommet du pavillon du milieu du bâtiment Fautras. L’observatoire est détruit lors des bombardements de la seconde guerre mondiale.

L’observatoire de Lorient

Le projet de créer un observatoire de la Marine à Lorient date de 1822, mais il faut attendre 1826 pour que la décision soit prise de transformer en observatoire un ancien moulin situé près de la tour de la Découverte.

Le bâtiment a miraculeusement survécu aux bombardements des années 1940. Il est l’un des rares témoins de la mise en place d’observatoires chronométriques en France.

L’observatoire de Rochefort

La mise en place de l’observatoire de Rochefort se fait en 1816. Durant toute son existence, jusque dans la première moitié du XIXe siècle, l’observatoire occupe le même bâtiment, rue des Vermandois. D’importantes transformations y sont réalisées au cours des années 1870.

L’observatoire de Nantes

Un premier observatoire de la marine destiné au contrôle des chronomètres est mis en service à Nantes en 1823. En 1828, un nouveau bâtiment est construit, avec une architecture spécifique, destiné à accueillir l’observatoire et l’école d’hydrographie. L’observatoire ferme ses portes en 1887, mais les bâtiments survivent aux transformations de la ville et aux bombardements.

L’ancien observatoire appartient aujourd’hui au groupe d’écoles privées Ionis.

Les observatoires de Paimbœuf et de Saint-Nazaire

Ces deux observatoires ont été créés dans les années 1850 grâce à la volonté d’un professeur d’hydrographie, Valentin Dardignac. Un étonnant signal horaire, le premier en France, est mis en place à partir de ces observatoires. Au cours des années 1860, ces observatoires cessent de fonctionner.

L’observatoire de Cherbourg

Dernier né des observatoires de la Marine militaire, la création de l’observatoire de Cherbourg est décidé en 1850. A partir du début des années 1860, un signal horaire est commandé depuis l’observatoire.

Reportage sur France 3 Pays de la Loire du 21 novembre 2008, sur l’ouverture exceptionnelle de l’ancien observatoire de la Marine de Nantes.

Un ancien observatoire de la Marine inscrit au Patrimoine !

Depuis le 17 décembre 2013, l’ancien observatoire de la Marine de Nantes est inscrit à l’Inventaire supplémentaire du Patrimoine. Une conséquence directe de ma thèse et de mon travail de recherche sur l’histoire de ces établissements en France. L’observatoire nantais se révèle être l’un des rares témoins d’une histoire restée longtemps oubliée. L’article de Presse Océan ci-joint, publié dans les semaines avant l’officialisation de l’inscription au Patrimoine par le préfet de la Loire Atlantique, permet de comprendre le contexte de cet événement.

Presse Océan du 10 novembre 2013